Par Jean-Baptiste Audrerie
Psychologue organisationnel et technophile
SPB Psychologie organisationnelle
Mythe 1 : Le CV papier est dépassé : les profils sur LinkedIn et Viadeo ainsi que le CV vidéo sur Youtube l’ont remplacé.
La réalité : Les façons de diffuser son profil professionnel se multiplient mais ne disparaissent pas; chacune trouve son utilité. Toutefois, en matière de standard, le CV papier demeure la référence. Il continue d’être lu, imprimé, annoté et glissé dans un dossier papier. Il circule sous différentes formes dans des bases de données de sites d’emploi comme Workopolis, vers les progiciels de gestion de ressources humaines des grandes entreprises ou dans la boîte courriel du patron de la petite entreprise.
L’alignement à prendre : Le CV soigneusement élaboré reste une étape indissociable de la recherche d’emploi. Rien ne sert de pa sser des heures à votre ordinateur à chatter et à twitter si votre CV n’est pas pertinent. Celui-ci engage la relation avec le recruteur et prolonge votre présence dans les médias sociaux. C’est lui qu’on regarde pendant l’entrevue en votre compagnie. En revanche, selon le besoin que vous avez de vous démarquer dans votre secteur d’activité, notamment si la part technologique y est importante, votre présence – ou votre absence – dans les nouveaux médias peut donner un bon indice de votre connaissance des technologies.
Mythe 2 : Mon blogue, ma page LinkedIn et mon compte Twitter vont me rendre hautement visible auprès des recruteurs.
La réalité : Les recruteurs vérifient rapidement si les candidats sont présents en ligne mais surtout s’ils sont liés à des informations douteuses ou s’ils ont caché des renseignements quant à leur passé professionnel. Il se peut que ce qui vous rende hautement visible ne soit pas votre page LinkedIn mais une page MySpace faite il y a cinq ans. Seule une mince partie des recruteurs fréquente les réseaux sociaux afin d’y chercher LE candidat. En revanche, il se pourrait que vous appreniez par les membres de votre réseau que telle organisation est actuellement en recrutement pour un poste dans votre domaine.
L’alignement à prendre : Votre blogue propose-t-il vos meilleures recettes de cuisine ou parle-t-il de vos liens avec le milieu du travail et de vos habiletés? Si votre présence est grande dans les réseaux sociaux, elle doit surtout être pertinente. Une identité numérique se construit de la même façon que l’image publique ou la réputation au bureau. En un mot, votre présence doit être reliée qualitativement à des thèmes clés se rapportant à l’emploi ou au secteur d’activité visé. Cela peut être de publier fréquemment des commentaires sur le blogue d’un spécialiste, de partager des informations professionnelles à une communauté sur Twitter, de prendre soin de bien rédiger votre profil, de l’actualiser régulièrement ou de réunir des contacts crédibles (cliquez sur « Ajouter à mon réseau » avec discernement).
Mythe 3 : Mon recruteur me connaîtra avant même de me rencontrer. En plus, les collègues et clients qui ont cautionné mon profil avec leurs beaux commentaires auront parlé pour moi.
La réalité : Les recruteurs n’ont pas toujours le temps de creuser les conversations dans les réseaux sociaux, les blogues et autres forums. Rien ne vaut une rencontre en personne pour connaître un candidat. L’emballage n’est pas le produit. Le virtuel n’est pas un substitut au face à face, contrairement aux illusions des plus jeunes générations. Selon une étude européenne récente, seuls 6 % des recruteurs d’entreprise évoquent les réseaux sociaux dans leurs entrevues. Le phénomène reste donc marginal mais progresse rapidement.
L’alignement à prendre : Il faut préparer attentivement vos entrevues en relisant votre CV et en vérifiant les traces que vous avez laissées dans les réseaux sociaux. Ne prenez pas pour acquis que les recruteurs ont passé à la loupe toutes ces informations lors de la première entrevue. En revanche, si votre contribution sur un blogue ou un site social est pertinente, n’oubliez pas de la mentionner dans votre CV et d’ajouter le lien dans vos pages Internet.
Mythe 4 : Les recruteurs n’ont pas une perception juste des gens qui s’affichent dans les réseaux sociaux, et l’identité numérique ne reflète pas la réelle qualité d’un candidat. Mieux vaut ne pas perdre son temps avec ces outils chronophages.
La réalité : Les recruteurs connaissent maintenant bien l’ampleur et l’impact de ces réseaux sur le rayonnement professionnel dans certains secteurs. Toutefois, le professeur Piskorski*, de la Harvard Business School, a démontré que les réseaux sociaux comportent en effet des biais de perception. Notamment, les photos attirent plus l’attention que les textes, et la teneur des textes varie selon le sexe de la personne qui les publie, les femmes écrivant davantage ce qu’elles pensent et les hommes référant plus souvent à d’autres sources. En somme, les réseaux sociaux reflètent votre identité numérique plus que votre réelle identité, mais ils en disent tout de même long sur vous.
L’alignement à prendre : Malgré ces biais possibles de perception, il est judicieux d’assurer votre visibilité en ligne. Si vous manquez de temps pour ce type d’activité ou que vous êtes débutant en la matière, concentrez-vous sur un outil simple et professionnel. Votre participation à un blogue n’a d’importance que si votre activité est publique ou qu’elle le devient un jour (qui sait?). Entretenir un blogue demande un effort important (et est inutile si vous manquez d’inspiration). La présence sur un réseau professionnel comme LinkedIn demande moins d’assiduité et de contenu. Choisissez le média en fonction de vos besoins.
Mythe 5 : Je n’utilise pas les réseaux sociaux, car mon patron, les ressources humaines et mes collègues vont penser ou voir que je cherche un emploi.
La réalité : Il est certain qu’en utilisant les moteurs de recherche et certains moteurs sociaux comme 123people, Pipl ou Whozthat, on peut facilement trouver vos profils ou vos pages Internet. On saura que vous venez de créer un nouveau profil, car celui-ci est souvent incomplet.
Toutefois, cela ne signifie pas nécessairement que vous avez commencé une démarche de recherche d’emploi. On peut utiliser les réseaux sociaux pour toutes sortes de raisons autres que pour sonder le marché. Cela peut être pour avoir des nouvelles fraîches des membres de son réseau, rester en contact avec une personne loin de nous ou encore apprendre en partageant des contenus. Les fonctions de recherche d’emploi deviennent presque secondaires. En outre, il est toujours possible de masquer votre photo et les membres de votre réseau, mais cela peut éveiller des soupçons et limite les occasions d’être sollicité.
L’alignement à prendre : N’attendez pas d’être en recherche déclarée d’emploi pour ouvrir un compte sur un réseau social à visée professionnelle. En ligne, il faut chercher ses contacts et bâtir ses relations comme dans la vraie vie; cela demande du temps. Vous pouvez aussi publier des commentaires avec pertinence et régularité sur des sites professionnels offrant un espace de conversation même si vous ne cherchez pas d’emploi (pensez au jour où vous devrez le faire).
Enfin, et surtout, n’oubliez pas que les réseaux sociaux sont toujours plus riches lorsqu’ils suivent ou provoquent de vraies rencontres, de vraies activités, et qu’ils sont les témoins de la qualité de vos réseaux réels.
* Voir l’article cité :
Professeur Mikolaj Jan Piskorski. ‘Understanding Users of Social Networks’, sept. 2009 : http://bit.ly/hbr-working.